blason de Michel Bureau blason Michel Bureau

Ensemble seigneurial de 1500



Ensemble seigneurial de 1500.

Cet ensemble est composé de deux éléments principaux :
- Le logis abatial (1500-1510)
- la chapelle Sainte Catherine
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LOGIS ABBATIAL DE MOULLINS
(1500 -1510)

De style gothique flamboyant très sobre, le logis abbatial se distingue par des toitures élancées hérissées de petits combles en poivrière ou en pavillon, décorées de grandes lucarnes, de fleurons en pierre, d'épis de faîtage en grès ou en plomb, et d'un bestiaire très varié: nous vous montrerons les chimères en forme de griffon, lion, agneau, chien et singes, au bas des gâbles en pierre des lucarnes et des pignons.

Le Logis, très moderne à l'époque de sa construction, est composé d'un corps principal, flanqué aux angles de la façade Est de deux tours de section inégale, et prolongé en équerre à l'ouest d'une aile incorporant le pignon de l'ancien logis des moines. A l'angle des deux corps de logis se dresse une tourelle à pans coupés contenant la vis d'escalier principale et couronnée d'une flèche de 7 m de hauteur. Les étages sont desservis par 4 autres vis d'escalier dissimulées dans des tourelles, l'une hors ouvre (accolée à la tour du chartrier, située au Sud-Est) reposant sur un culot et l'autre engagée dans la maçonnerie de la tour du "cabinet des secrets". Un escalier droit donne accès de l'extérieur aux caves

Le programme du bâtiment s'articule autour du premier étage où vivait et recevait l'abbé: chambre, salle de travail et de réception, "cabinet des secrets" et chartrier. Le rez-de-chaussée est composé d'une grande salle, avec côté cuisine et four à pain et côté préparation des aliments, encadrée au sud par la paneterie dans la tour du chartrier et au nord par l'écurie du cheval de l'abbé dans la tour du "cabinet des secrets". Le rez-de-chaussée de l'aile Ouest comprenait le réfectoire des dignitaires accompagnant l'abbé. Le deuxième étage comprenait le grand comble pour le logement des convers servant l'abbé et des chambres dans les tours pour les dignitaires accompagnant l'abbé. La chambre du "gouverneur de Moullins", charge occupée par l'un des trois vicaires généraux de l'abbaye, se situait dans la tour du chartrier et donnait accès au cabinet de travail de l'abbé et au chartrier.

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Le logis, construit en "petit appareil" avec chaînage d'angle en pierre de taille est relativement sombre malgré de nombreuses fenêtres à croisée ou à croisillon, comme vous pourrez le constater lors de la visite. Les fenêtres étaient ornées de vitraux d'une épaisseur extrêmement fine, de formes diverses comprenant losanges, rectangles et cive, selon les morceaux retrouvés dans les latrines.

La plupart des pièces sont ornées d'immenses cheminées et de plafonds à la française soutenues par d'énormes poutres maîtresses.

Des guerres de religion, outre les grilles aux fenêtres du rez-de-chaussée et les trous de couleuvrine, il reste une tour bâtie hâtivement dans l'angle du pignon Nord du corps de logis principal et de la tour du "cabinet des secrets", d'où l'on pouvait s'échapper et gagner la campagne. Nous vous expliquerons comment. Les éléments du dispositif existent toujours.

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Blason Michel Bureau

La chapelle Sainte Catherine.

Blason Beaune Semblancay
Blason de Michel Bureau Blason de Beaune Semblancay
coupées d’argent et de sable à 3 levrettes, loup ou chiens aussi coupées de l’un sur l’autre de gueules à un chevron d’argent accompagné de 3 besants d’or, posés 2 et 1

La silhouette de la chapelle sainte Catherine est à la fois élégante et imposante, malgré d'immenses blessures, infligées par le temps et les hommes.

Sa sculpture, extrêmement raffinée au niveau du retable et de la piscine, atteste de l'intervention d'un très grand sculpteur commissionné par l'archevêque de Tours et abbé commendataire de la Couture (1522-1527), Martin de Beaune Semblançay, dont les armes figurent sur l'un des morceaux retrouvés enfouis dans une maçonnerie. Nous vous raconterons comment l'histoire de ce retable rencontra celle du roi Charles VIII et d'Anne de Bretagne. La grande finesse et la dureté du grain du tuffeau signalent que la pierre dût être importée du Val de Loire ou d'Italie. La facture de la sculpture signale que le sculpteur utilisa un nombre impressionnant de gouges différentes, y compris les plus fines.

A la Révolution, les voûtes en pierre de taille ont été abattues et les contreforts des murs gouttereaux enlevés pour récupérer la pierre. La nef unique, à trois travées, fût divisée par un plancher et transformée en l'habituel triptyque: cellier et pressoir séparés par un mur de refend et grange à l'étage. Le retable, devenu inutile, fût explosé à la masse et les morceaux réutilisés en maçonnerie, face sculptée à l'intérieur. Nous avons déjà retrouvé une cinquantaine de morceaux dans les murs des bâtiments des communs ou de bâtiments verrue que nous avons démolis.




Chapelle Sainte Catherine. Pignon ouest avant restauration.
La baies à trois lancettes et à mouchette après restauration.
Face intérieure du pignon ouest après restauration.


Un incertitude existait concernant la date de son édification et celle de son agrandissement. Un document étudié par Philippe aux archives départementales nous apprend qu'une messe y est dite en 1515. Son architecture gothique permet de penser à une construction toute fin du 15ème siècle ou début du 16ème.
Comme en 1562, les moines de la Couture fuyant les huguenots se sont installés à Moullins, on pense que c'est à cette occasion que la chapelle a été agrandie.
Mais rien ne vien confirmer ces deux hypothèses. La science peut venir à notre aide pour résoudre ce mystère. Comme la charpente est en grande partie d'origine il est possible d'effectuer une analyse dendrochrologique.
La dendrochronolonogie (du grec dendron « arbre », chronos «temps » logos "discours") est une méthode de datation précise basée sur l'analyse des cernes annuels de croissance des arbres. C'est ce procédé qui est mis en oeuvre pour dater, parfois à l'année près, les phases d'abattage des arbres qui ont servi à la construction d'un bâtiment.

schema sur la dendrochronologie

Pour en savoir plus sur la dendrochronologie

En 2013, l'AADMM a décidé de financer cette recherche.
Nous avons fait appel à Yannick Le Digol et sa société Dendrotech.
De nombreux prélèvements sont effectués dans la charpente. Ils sont emportés dans le laboratoire, à Rennes.
Et enfin, le résultat est tombé. on peut consulter un résumé sur le site de Dendrotech.
Nous savons donc que la toîture de la chapelle a été posée en 1514. Il y a exactement 500 ans. Cette divine surprise nous a amené à programmer la fête de la chapelle le 6 juillet 2014.
L'agrandissement ne date pas de 1562, mais de 1544, beaucoup plus tôt. Du temps d'Adam Fumée, l'abbé soupçonné d'être passé à la Réforme. De nombreuses hypothèses peuvent être bâties avec ces nouvelles données. Il reste à les étayer par d'autres recherches. Philippe peut vous en parler avec passion.

Le rapport complet de Dendrotech

La modénature de ses ouvertures est franchement gothique flamboyant:

  • au chevet, deux baies à deux lancettes trilobées terminées en pique et surmontées de 3 mouchettes en forme de coeur, au nord et au sud, et une baie axiale à deux lancettes trilobées redentées surmontées de 2 mouchettes redentées en forme de cour couronnées par une mouchette en forme de goutte
  • au mur pignon, une baie à 3 lancettes trilobées terminées en pique, dont celle de l'axe dominant les deux autres et séparant quatre mouchettes flamboyantes allongées en forme de ventricules et d'oreillettes de part et d'autre, elles-mêmes surmontées de quatre mouchettes flamboyantes plus ramassées également en forme de ventricules et d'oreillettes
  • au nord, la porte de l'abbé et des moines de choeur, avec son encadrement aux fines moulures et les écoinçons de son linteau terminés par des appuis en forme de choux,
  • à l'ouest, dans le mur pignon, la porte des laïcs avec son archivolte en anse de panier également encadrée de fines moulures en nez de cochon, terminées par de fines bases buticulaires

Nous vous expliquerons les travaux en cours. La chapelle était voûtée d'ogives reposant sur des colonnes engagées le long des murs de la nef et du chevet. La retombée de la croisée d'ogives pénétrait directement dans la colonne engagée, sans l'aide de chapiteau. Si le fût et la base des colonnes sont encore là, les gerbes ont été massacrées et devront faire l'objet de restaurations importantes. Au dessus de la voûte, la chapelle était et est toujours couverte d'un haut comble. Sa charpente est à chevrons porteurs et pannes. Les chevrons s'assemblent au sommet sur une panne faîtière. Celle-ci est renforcée plus bas par un sous faîtage auquel elle est reliée par d'immense croix de Saint André. Elle comprend 5 fermes principales. Lors de l'agrandissement lors des guerres de religions, la charpente de la travée rajoutée était surmontée d'un élégant clocher haut de 10 m selon les éléments de charpente retrouvés. Nous vous montrerons comment les éléments subsistants nous ont permis de retrouver la hauteur et la forme du clocher.





Morceau du retable récupéré dans une maçonnerie. Finesse des riceaux, retenue du phénix, aim moqueur du dragon.
Coupe longitudinale, vue de la route. De gauche à droite, mur pignon, les trois travées de la nef, puis le chevet. Le clocher s'élevait à partir de la petite croix de Saint André.
Les trois baies du chevet murées à la révolution. Une partie des réseaux a été préservées. Les baies ont été restaurées en 2010.